Le workshop international "Ciguatéra et Biotoxines associées" 2008

S'unir pour accélérer les recherches

L’événement fort de cette fin du mois est très certainement la conférence sur la « ciguatéra et les biotoxines associées » qui s’est déroulée du 27 au 31 octobre 2008, en Nouvelle-Calédonie.

Ce ne sont pas moins de 21 pays et 70 experts internationaux qui étaient présents à Nouméa, avec pour triple objectif de :

  • présenter les avancées et expertises individuelles sur cette problématique des intoxications et des biotoxines marines ;

  • dresser un état commun et partager des connaissances ;

  • établir et/ou renforcer le partenariat entre les équipes scientifiques ainsi qu’entre les scientifiques et les gestionnaires/correspondants pour les pays insulaires, notamment du Pacifique, où l’incidence de la ciguatéra est forte.

Cette manifestation co-organisée par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), l’Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie (IPNC), l’Institut Louis Malardé (ILM) et le Secrétariat général de la communauté du Pacifique (CPS), a conduit le Directeur général de l’Institut Louis Malardé, le Dr Patrick Howell, à rencontrer notamment ses homologues Suzanne Chanteau et Fabrice Collin respectivement à la tête de l’Institut Pasteur et de l’Institut de Recherche pour le Développement de Nouvelle-Calédonie. Les discussions et réunions se sont déroulées de manière conviviale et efficace, les trois directions ayant fait le choix de regarder ensemble et résolument vers un avenir où le combat commun et la mutualisation des forces de chaque institution l’emporte, pour le bien-être de nos populations.

Suzanne Chanteau, entourée de Patrick Howell et Fabrice Collin

Il est clair que cette conférence a permis de constater l’avance scientifique et technique des partenaires français et notamment de l’Institut Louis Malardé sur cette thématique de la ciguatéra et des biotoxines marines. L’ILM a ainsi été très sollicité par ses cousins du Pacifique mais également par des représentants du Japon, de la Chine, des Etats-Unis d’Amérique, de l’Allemagne et de la France pour sa capacité à produire en masse des ciguatoxines algales et son savoir-faire en matière de « field monitoring » qui ouvrent la voie à de nouvelles collaborations.

Les compétences de l'ILM en matière de field monitoring et de production en masse de ciguatoxines
lui ouvrent la voie à de nouvelles collaborations


Les principales avancées de la recherche

  • Le mode de transmission des ciguatoxines le long de la chaîne alimentaire
    La voie classiquement admise est celle du dinoflagellé Gambierdiscus, producteur primaire des ciguatoxines, et d’une accumulation ultérieure de ces toxines dans les poissons.
    Depuis 2002, une autre voie de transmission a été mise en évidence impliquant des cyanobactéries marines avec accumulation des toxines produites dans certains invertébrés marins, en particulier les bénitiers. Or, ceux-ci constituent une autre ressource lagonaire de nos îles et des états insulaires du Pacifique.

  • Multiplicité des espèces de Gambierdiscus
    Jusqu’en 1995, on pensait qu’il n’existait qu’une seule espèce de la micro-algue responsable de la ciguatéra, Gambierdiscus toxicus.
    Depuis cette date, 9 nouvelles espèces ont été décrites. L’ILM a été à l’origine, ou a contribué, à la description de 8 d’entre elles.

  • Multiplicité des toxines ciguatériques
    Depuis 1992, une vingtaine de ciguatoxines ont été caractérisées dans les poissons de la zone Pacifique (P-CTXs). D’autres familles de ciguatoxines ont été décrites dans le monde depuis, notamment aux Caraïbes (environ une dizaine d’analogues depuis 1998, dénommées C-CTXs) puis dans l’Océan Indien (deux analogues décrits depuis 2002, dénommées I-CTXs).
    Cette multiplicité de toxines, conséquence directe de la multiplicité des espèces de la micro-algue évoquée plus haut, explique pourquoi les symptômes observés chez les patients sont si variables d’une région du globe à l’autre.

  • Méthodes de détection des toxines ciguatériques
    Il est impératif de tenir compte de la multiplicité des toxines susceptibles de contaminer les produits de la mer, soit en affinant la sensibilité et la spécificité des méthodes de détection déjà existantes, soit en développant de nouveaux tests.
    La plupart des techniques utilisées restent très sophistiquées, nécessitant des appareillages coûteux et une mise en œuvre en laboratoire. Une nouveauté cependant : l’obtention d’anticorps anti-CTXs par des chercheurs japonais, mais leur efficacité reste à prouver sur le terrain. L’ILM a été sollicité pour participer à cette validation en raison de la diversité des toxines présentes dans les poissons de Polynésie.

  • Diagnostic et traitement de la ciguatéra
    Jusqu’à présent, le diagnostic de la ciguatéra s’effectue exclusivement sur la base des symptômes ressentis par le patient et le traitement est également symptomatique car il n’existe pas d’antidote connu.
    De récents travaux ont permis d’identifier de probables marqueurs biologiques d’exposition aux ciguatoxines (notamment dans le sang), tels que les cytokines pro- et anti-inflammatoires dont l’expression se trouvent modifiées lors d’une ciguatéra, ouvrant ainsi la voie au développement de tests de diagnostic de l’intoxication.
    S’agissant du traitement, l’accent a été mis sur le potentiel de certaines plantes issues de la pharmacopée traditionnelle dont l’efficacité est en cours d’évaluation scientifique. L’espoir d’un antidote pourrait également venir d’une nouvelle molécule (Brévénal) produite par une autre micro-algue toxique (Karenia brevis) qui a montré des capacités à contrer l’effet des ciguatoxines in vitro

    L’ILM, en association avec le CNRS, a en projet de vérifier si cette molécule (ou son équivalent) ne serait pas également présente dans les cultures de Gambierdiscus que le LMT réalise en routine pour la production en masse de CTXs algales.

 

En perspective

Le congrès a mis en lumière la nécessité de programmes de recherche intégrés, pluridisciplinaires, impliquant plusieurs institutions leaders dans les domaines concernés, et organisés en un réseau régional national et international, notamment en matière de :

Gestion du risque ciguatérique
Pour la plupart des états insulaires du Pacifique, il semble que tout reste à faire : évaluation de  l’incidence réelle des intoxications par biotoxines marines, base de données des micro-algues présentes dans leurs eaux, mise en place de programmes de surveillance etc., autant de pré-requis à la création d’un réseau régional.
A cet égard, outre les besoins financiers et humains sollicités par ces états insulaires, de forts besoins en matière de formation ont été identifiés. Ce sera là un domaine d’intervention privilégié du futur pôle d’excellence sur les Biotoxines marines (ILM-IRD-Institut Pasteur) dont la création est prévue prochainement sur le site d’Arue (Tahiti).

Détection des toxines ciguatériques
Les équipes scientifiques se sont accordées sur la nécessité d’une standardisation inter-laboratoires des techniques et des méthodologies.
De plus, la Food and Drug Administration (FDA) souhaite collaborer avec l’ILM pour la constitution de standards de ciguatoxines puis la mise en commun de ces standards notamment pour les techniques de type LC/MS…

Création d'un site web
Hébergé par la SPC et consacré exclusivement à la ciguatéra, ce site compilera des données pratiques pour standardiser les techniques de recherche et de gestion du risque ciguatérique : protocoles à mettre en œuvre en cas de flambée de ciguatéra, vidéos pour la formation des personnels, formulaires type de suivi épidémiologique des cas de ciguatéra, photos permettant de reconnaître les espèces de dinoflagellés et de cyanobactéries sur le terrain, messages d’alertes, etc.

 

Les communications orales ou affichées auxquelles l'équipe du LMT a contribué (premier auteur ou co-auteur)