La veille sanitaire LASEA

Dans le cadre de sa mission de veille sanitaire, le Laboratoire d'analyses de la salubrité des eaux et des aliments mène actuellement une étude, financée par l'Etablissement public pour la prévention (EPAP) et intitulée : Salmonelle et alimentation, évaluation de la situation épidémiologique en Polynésie française.

Quel est l'enjeu d'un tel programme ? 

Dans les pays industrialisés, la sécurité des aliments est considérée comme un thème prioritaire par les instances politiques et décisionnelles, pour des raisons sanitaires et économiques. Dans de nombreux pays, des moyens importants sont mis en œuvre pour la surveillance, la prévention et le contrôle des maladies d’origine alimentaire. Les systèmes de surveillance permettent de suivre les tendances évolutives de ces maladies et de détecter des épidémies, cependant ils ne permettent pas de chiffrer précisément le nombre de personnes malades.

Plus de 200 maladies infectieuses, bactériennes, virales et parasitaires sont transmises par l’alimentation. Les maladies infectieuses d’origine alimentaire se manifestent le plus souvent par une symptomatologie digestive mais également par des syndromes sévères notamment chez les personnes les plus vulnérables (enfants en bas âge, personnes âgées ou immunodéprimées). Parmi ces infections bactériennes, Salmonella représente depuis plusieurs années la première cause d’intoxication alimentaire dans le monde. 

Les infections à salmonelles spp se manifestent après une incubation de 6 à 72 heures (le plus souvent 12 à 36 heures) par une gastro-entérite aiguë avec céphalées, douleurs abdominales, nausées, vomissements, fièvre. L’évolution est généralement favorable en quelques jours. Cette infection peut évoluer vers une forme septicémique ou localisée. Le diagnostic repose sur l’isolement de Salmonella spp dans les selles, le sang et autres prélèvements cliniques.

La transmission à l’homme se fait essentiellement par l'ingestion d’aliments contaminés consommés crus ou peu cuits. Les principaux aliments en cause sont : les viandes, la charcuterie, les volailles, les œufs et produits à base d’œufs, les produits laitiers, les poissons et les fruits de mer. La contamination à l’homme peut aussi être directe, inter-humaine ou par contact avec des animaux infectés.

En métropole, la surveillance des Salmonella spp est réalisée par le Centre national de référence, à l’Institut Pasteur de Paris pour les souches humaines, et par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA-Paris) pour les souches d’origine alimentaire.

En Polynésie française, un tel dispositif n’existe pas. Les données actuelles (non complètes : source Centre hospitalier de Polynésie française - Institut Louis Malardé) pour les années 2004-2005 révèlent un nombre de cas de patients hospitalisés dans les structures publiques hospitalières relativement important (70 cas, 1 hospitalisation tous les 15 jours).

Ces cas confirmés ne reflètent absolument pas le nombre de cas de salmonellose présent dans le pays. Seuls les cas sévères sont répertoriés.

Le sérovar dominant est Salmonella Typhimurium (67% des cas) suivi du sérovar Weltevreden (20%).

Concernant Salmonella Weltevreden, il est apparu que ce sérotype est présent depuis 1995 sans que l’on connaisse les circonstances réelles de son introduction (type de denrées alimentaires par exemple). L’absence de déclaration obligatoire pour les intoxications sporadiques et donc de mise en place d’une enquête a sans doute favorisé sa non-détection par la cellule de veille sanitaire. Il est devenu aujourd’hui un sérotype majeur d’intoxication. 

Parmi les personnes les plus touchées, les enfants de moins de 5 ans représentent 40% des cas confirmés. Outre les coûts de santé que représentent ces infections (journées d’hospitalisation, médicaments, arrêts de travail) la non-maîtrise du risque salmonelle peut avoir des répercussions économiques importantes pour les industries agroalimentaires locales et ternir l’image du Pays notamment en matière touristique (fréquentation hôtelière en cas d'épidémie).

Les objectifs de prévention visés

L’objectif de ce projet, décliné en 3 volets, est d’effectuer en Polynésie française une évaluation de la contamination de la chaîne alimentaire par les salmonelles et de proposer, en collaboration avec les services chargés de la sécurité alimentaire, des pistes de réflexion afin de réduire et mieux maîtriser le risque.

  • Etudier 5 types de filières

- Les eaux de consommation non soumises à un traitement de potabilité (source de contamination ou re-contamination),

- Les denrées alimentaires fabriquées localement (produits de charcuterie, produits carnés, laitiers, végétaux , etc…),

- Les denrées alimentaires importées sur la Polynésie française,

- La filière avicole locale (poulet de chair et poule pondeuse) : surveillance environnementale,

- L’abattoir (source de contaminations ou re-contaminations croisées) : surveillance environnementale.
 

L’étude de ces 5 filières permettra de connaître la prévalence pour chacune d’elle.

  • Comparer les souches humaines de salmonelles avec celles isolées de l’alimentation par étude du profil génétique des souches
    L’étude du profil génétique devrait permettre d’identifier les filières impliquées en pathologie humaine et de mieux en maîtriser le risque.

  • Etudier la résistance des souches de salmonelles aux antibiotiques
    Ce volet de l'étude permettra de déceler au plus tôt l’apparition d’une ou plusieurs résistances afin d'en informer le corps médical et ainsi adapter l’antibiothérapie humaine mais aussi vétérinaire (limitation de l’usage de certaines molécules pouvant induire à moyen terme une mutation génétique des souches).

Ce programme devrait s'achever en janvier 2009.

Electrophorèse en champs pulsé