Présentation du LMT

Dès sa création, en 1967, l’Unité d’Océanographie médicale, aujourd’hui appelée Laboratoire de recherche sur les microalgues toxiques, concentre ses recherches sur l’étude de la ciguatéra. Elle s’est dès lors imposée comme une référence dans le Pacifique Sud insulaire.

La ciguatéra

La ciguatéra est une intoxication alimentaire causée par la consommation de poissons des milieux coralliens littoraux et océaniques, en parfait état de fraîcheur et d’ordinaire comestibles. Elle se caractérise par des syndromes gastro-intestinaux, neurologiques et cardiovasculaires.

Au-delà de son incidence sanitaire, cette forme d’ichtyosarcotoxysme a un retentissement socio-économique important dans les archipels où les produits marins représentent la denrée protéique de base et la principale source de revenus.

  En savoir plus sur la ciguatéra Gambierdiscus toxicus

Une micro-algue toxique

L’agent causal de la ciguatéra est une micro-algue benthique, du groupe des dinoflagellés, découverte aux îles Gambier en 1976, et appelée Gambierdiscus. On la trouve de préférence parmi les macroalgues colonisant les substrats coralliens morts, où elle prolifère massivement de manière épisodique. Elle est en outre capable de synthétiser des composés extrêmement toxiques, appelées ciguatoxines, qui viennent s’accumuler dans les chairs et les viscères des poissons herbivores et carnivores inféodés à la zone de floraison de cette microalgue. L’Homme, dernier maillon de la chaîne alimentaire, s’intoxique en consommant ces poissons.

La chaîne trophique de la ciguatéra

Les axes de recherche

Différents axes de recherche ont été explorés successivement depuis la création de cette unité en 1967.

Jusqu’en 1976, les activités ont porté principalement sur l’inventaire exhaustif des espèces pisciaires à risque, l’étude clinique de la maladie et les thérapeutiques possibles.

Une deuxième phase, de 1976 à 1989, s’est attachée à l’analyse des ciguatoxines, grâce notamment à la purification complète de ces composés.

A partir de 1990, l’élaboration de programmes pluridisciplinaires portant sur la micro-algue, les toxines ciguatériques et les méthodes de détection possibles de ces dernières, a permis de mieux comprendre la biogenèse de cette intoxication et de faire des progrès significatifs sur le plan de la détection à la fois de la micro-algue et des toxines en jeu.

  • L’étude de la micro-algue

La surveillance écologique et toxicologique de Gambierdiscus a permis de préciser les périodes de l’année les plus propices à sa prolifération. Au moins quatre espèces sont endémiques en Polynésie : Gambierdiscus toxicus, G. polynesiensis, G. australes, et G. pacificus. Seules certaines lignées cellulaires s’avèrent toxiques. Elles sont utilisées en culture pour produire des ciguatoxines au laboratoire.

 

     
  • L’étude des toxines ciguatériques

L’inventaire et la caractérisation chimique des principales ciguatoxines impliquées dans les intoxications ont mis en évidence la pluralité de ces toxines aux différents niveaux de la chaîne alimentaire (microalgue, poissons herbivores et carnivores), soit plus d’une vingtaine d’analogues identifiés à ce jour. Cette donnée est essentielle dans le choix de la stratégie à adopter pour leur détection.

   
  • Les méthodes de détection des ciguatoxines

Plusieurs voies de détection sont sont actuellement explorées au laboratoire : la voie biologique par injection intrapéritonéale à des souris ; la voie chimique, par chromatographie liquide haute pression ; la voie immuno-chimique, basée sur la production d’anticorps anti-ciguatériques ; les tests de cytotoxicité basés sur les effets des ciguatoxines sur la viabilité de lignées cellulaires en culture et la voie neuro-pharmacologique, enfin, qui utilise les propriétés neurotoxiques des ciguatoxines et a abouti à la mise au point d’une méthode de dosage en routine de ces ciguatoxines. Ce test, suffisamment précis et sensible, fait actuellement l'objet d'une évaluation à grande échelle dans les lagons de Polynésie.