Scorpions de Polynésie

Scorpions : pas de panique !

Depuis une dizaine d’années, les témoignages de personnes ayant eu la surprise de croiser le chemin de scorpions en Polynésie sont plus nombreux.

Mais si ces découvertes se font moins rares, elles ne sont pas récentes. Le LEM possède des spécimens de scorpions dans sa collection depuis les années 70.

Ceux-ci ont été identifiés et qualifiés de peu dangereux pour la santé humaine compte tenu de la fréquence de rencontre, d’une part, et de la faible toxicité du venin, d’autre part.

Vous trouverez dans cette page quelques informations concernant les 2 espèces de scorpions Isometrus maculatus et Liocheles australasiae présents depuis plus de 40 ans à Tahiti et dans d’autres îles.

A l’attention des plus courageux : tout spécimen de scorpion capturé peut être amené au laboratoire de recherche en entomologie médicale (LEM) de l’Institut Louis Malardé, situé à Paea.

Isometrus maculatus (De Geer, 1778)

Systématique
Animalia/Arthropoda/Chelicerata/Arachnida/Scorpiones/Buthidae/Isometrus/maculatus

dans la collection de l’ILM depuis 1979

                                                                                             (Photo : J. MARIE)

Nom commun

Petit scorpion brun (Lesser Brown Scorpion)

Description
Ce scorpion se caractérise par un aspect très allongé et aplati. La couleur de sa cuticule peut varier, selon l’environnement, de brun clair à beige avec une alternance de points et de stries foncées qui lui donne une apparence marbrée.
Taille adulte : environ 6-8 cm.

Origine
Il serait originaire de l’Asie du Sud Est.

Distribution géographique
Sa répartition est intertropicale, de l’Asie aux Amériques, en passant par les îles du Pacifique (Polynésie française, Iles Cook, Iles Marshall et Hawaii). Il a colonisé également les Antilles, l’Afrique, Madagascar et l’île de la Réunion. Cette espèce est parmi les plus répandues dans le monde.
Le petit scorpion brun est présent dans les Iles-sous-le-vent d’après la collection de l’ILM et, au vu de son adaptation à tous les milieux et de son comportement cryptiquen on peut présager de sa présence dans les autres archipels.

Biologie
Sa croissance pour atteindre l’âge adulte s’étend sur 10 mois et sa longévité ne dure que 3 ans. La femelle est capable de mettre au monde entre 20 et 30 individus après une gestation d’environ 3 mois.
Ce scorpion s’alimente d’insectes de sous-bois, y compris de scolopendres (cent pieds).

Comportement et incidence sur la santé
Isometrus maculatus est un scorpion à activité nocturne. Craintif, il a besoin de s’abriter sous les écorces, il est corticole.
Sa piqûre, à l’aide d’un aiguillon situé au dernier segment postérieur de son corps, n’est pas plus à craindre que la piqûre d’une abeille ou d’une guêpe. Bien qu’elles puissent être douloureuses, les rares piqûres qui lui sont attribuées sont souvent considérées comme étant son seul moyen de défense dans une situation où il n’a plus d’autre choix (piégé, coincé ou écrasé).
Isometrus maculatus est l’espèce la moins dangereuse de la famille des Buthidae.

Liocheles australasiae (Fabricius, 1775)

Systématique Animalia/Arthropoda/Chelicerata/Arachnida/Scorpiones/Liochelidae/Liocheles/australasiae

dans la collection de l’ILM depuis 1972

                                                           (Photo : J. MARIE)

Nom commun
Scorpion nain du bois (Dwarf wood scorpion).

Description
Ce scorpion se caractérise par un aspect compact, robuste et petit. La couleur de sa cuticule est brun sombre avec les pattes et l’aiguillon à l’extrémité de couleur jaune clair.
Taille adulte : environ 3-4 cm.

Origine
Il est originaire des forêts tropicales humides d’Australie.

Distribution géographique
Son aire de répartition était cantonnée à l’origine à l’Australie. Cependant, c'est une espèce cosmopolite dont la distribution s’étend désormais de l’Asie jusqu’en Polynésie française qui demeure la limite orientale dans l’océan Pacifique.
Quelques rares introductions ont été rapportées à l’île de la Réunion (1996) et au Caire, en Egypte, en 1910.
Son comportement cryptique est aussi à l’origine de sa dispersion à bord de canoës, radeaux ou bois flottants. De plus, son mode de reproduction parthénogénétique facilite son installation dans de nouveaux endroits. Il s’est établi récemment dans quelques îles du Japon.
En Polynésie, il est présent dans 3 archipels (Iles-sous-le-vent, Tuamotu et Marquises).

Biologie
Le scorpion nain du bois possède un mode de reproduction original : la parthénogénèse. En effet, il a été observé, en l’absence de mâles, 5 générations autosuffisantes de femelles. Cependant la reproduction sexuée est également représentée lorsqu’une population est installée. La maturité sexuelle est atteinte au terme de 2 ans et les portées varient de 20 à 25 petits.
Ce scorpion s’alimente d’insectes de sous-bois, proportionnellement à sa taille.

Comportement et incidence sur la santé
Liocheles australasiae est un scorpion nocturne et grégaire. Il a besoin de s’abriter sous les écorces, il est corticole, mais quelques anfractuosités dans la roche peuvent également lui servir d’abris.
Sa piqûre n’est pas douloureuse, de plus il préfère utiliser ses pinces pour se défendre. Pareillement à Isometrus maculatus et bien d’autres espèces venimeuses, les rares piqûres qui lui sont attribuées représentaient son seul moyen de défense lorsque la situation ne lui laissait plus d’autre choix (piégé, coincé ou écrasé).

Remerciements

Un grand merci à Lionel MONOD pour son aide dans l’identification des scorpions et sa connaissance sur l’espèce Liocheles australasiae.

Pour en savoir plus...

  • GOYFFON M. (1992) Le rôle de l'homme dans l'expansion territoriale de quelques espèces de scorpions. Actes 114ème Congr Natl Soc Sav, 1 vol., Paris, 3-9 avril 1989: 160.
  • LOURENÇO WR. (1996) Scorpions. Faune de Madagascar ed., Paris, 87: 102pp.
  • LOURENÇO WR. et CUELLAR O. (1994) Notes on the geography of parthenogenetic scorpions. Biogeographica, 70(1): 19-23.
  • MAKIOKA T. (1992) Reproductive biology of the viviparous scorpion, Liocheles australiasae (Fabricius) (Arachnida, Scorpiones, Ischnuridae). II. Repeated pregnancies in virgins. Inv Repro Devel, 21(2): 161-166.
  • MAKIOKA T. (1992) Reproductive biology of the viviparous scorpion, Liocheles australiasae (Fabricius) (Arachnida, Scorpiones, Ischnuridae). III. Structural types and functional phases of the adult ovary. Inv Repro Devel, 21(3): 207-214.
  • MAKIOKA T. (1993) Reproductive biology of the viviparous scorpion, Liocheles australiasae (Fabricius) (Arachnida, Scorpiones, Ischnuridae). IV. Pregnancy in females isolated from infancy, with notes on juvenile stage duration. Inv Repro Devel, 24(3): 207-211.
  • MAKIOKA T. et KOIKE K. (1984) Parthenogenesis in the viviparous scorpion, Liocheles australiasae. Proc Jap Acad, ser B, 60(9): 374-376.
  • MAKIOKA T. et KOIKE K. (1985) Reproductive biology of the viviparous scorpion, Liocheles australiasae (Fabricius) (Arachnida, Scorpiones, Scorpionidae).I. Absence of males in two natural populations. Int J Inver Repro Dev, 8(6): 317-323.
  • SIMON E. (1910) Révision des Scorpions d'Egypte. Bull Soc Entomo Egypte, 2: 57-87.
  • VACHON M. et ABE T. (1988) Colonization of the Krakatau Islands (Indonesia) by Scorpions. Acta Arachnol, 37(1): 23-32.
  • YAMAZAKI K. et MAKIOKA T. (2001) Ovarian structural features reflecting repeated and parturitions in a viviparous scorpion, Liocheles australiasae. Zool Sci, 18(2): 277-282.
  • YAMAZAKI K., YAHATA H., KOBAYASHI N. et MAKIOKA T. (2001) Egg maturation and parthenogenetic recovery of diploidy in the scorpion Liocheles australiasae. J Morphol, 247 (1): 39-50.
  • Yamazaki K. et Makioka T. (2004) Parthenogenesis through five generations in the scorpion Liocheles australasiae (Fabricius 1775) (Scorpiones, Ischnuridae). J Arachnol, 33(3):852-856.