Les moustiques

Qu’est-ce qu'un moustique ?

Les moustiques sont des insectes de l’ordre des Diptères et de la famille des Culicidae. Ils possèdent une paire d’ailes et trois paires de pattes. La seconde paire d’ailes est remplacée par deux altères (balanciers). Les adultes mesurent, selon les espèces, de 5 à 20 mm. Le mâle, généralement plus petit que la femelle, est reconnaissable à ses antennes plumeuses qui lui donnent un aspect « moustachu ». Il se nourrit exclusivement de jus sucré qu’il prélève sur les plantes et s’éloigne peu de son gîte de développement larvaire. La femelle, quant à elle, a un régime essentiellement hématophage. Elle pique et se gorge de sang à l’aide de sa trompe. A la recherche d’un hôte (mammifère, oiseau, reptile), elle peut se déplacer sur de plus ou moins longues distances. Ainsi, la femelle Aedes polynesiensis ne s'éloigne pas à plus de 100 à 200 mètres de son gîte selon Jachowski (1954) tandis que la femelle Aedes aegypti peut voler 800 mètres selon Nildimar Alves Honorio et al (2003).

La longévité des moustiques dans la nature est difficile à apprécier. Plus faible chez le mâle, elle semble varier de 3 semaines à 3 mois chez la femelle.

Parmi les 3000 espèces identifiées de par le monde, une quinzaine sont recensées pour l’instant en Polynésie française et 13 d’entre elles piquent l’homme. Cette relative pauvreté s’explique par le caractère insulaire de notre territoire et son éloignement des masses continentales. Sept espèces sont endémiques de nos îles ou même d’une seule île. Les moustiques polynésiens se répartissent en plusieurs genres dont deux principaux : les Culex et les Aedes. Un troisième genre (Toxorynchite amboinensis) a quant à lui été introduit volontairement en 1976, dans le cadre d’un programme de lutte biologique contre les Aedes et les Culex. Ce moustique est appelé localement moustique papillon, car il possède une longue trompe et ne se nourrit pas de sang comme les autres moustiques. Il se nourrit strictement de jus sucré qu’il prélève sur les plantes et les fruits. Les larves quant à elles sont d’excellents prédateurs des larves d’autres espèces de moustiques, ce qui en fait un moustique bénéfique dans la lutte anti-vectorielle. Enfin, plusieurs spécimens d’un quatrième genre, jamais décrit auparavant sur le territoire, ont été capturés récemment en Polynésie. L’espèce a été identifiée comme étant Wyeomyia mitchellii. Tout comme à Hawaii (Shroyer, 1981), cette espèce essentiellement nord-américaine a probablement été introduite par l’homme en Polynésie française suite au développement du trafic aérien et maritime. La littérature ne semble pas prêter un intérêt médical à cette espèce bien que d’autres du même genre aient hébergé des virus à encéphalites (Ilheus…).

Une quinzaine d'espèces de moustiques sont recensées en Polynésie

Les Culex sont des moustiques nocturnes. Plus gros que les Aedes, ils ont une couleur terne, marron clair.

Les Aedes sont des insectes diurnes ou crépusculaires. Ils ont une teinte sombre, des pattes zébrées de blanc et le corps ponctué de touffes d’écailles argentées spécifiques à chaque espèce.

 Aedes aegypti  Aedes polynesiensis  Toxorynchite amboinensis  Wyeomyia mitchelli

Le cycle du moustique : de la vie aquatique à la vie aérienne

Le sang absorbé par la femelle est bien souvent indispensable à la formation des œufs (ovulation et maturation). Les Culex pondent leurs œufs en amas (barquettes) à la surface de l’eau, les Aedes isolément à proximité immédiate de l’eau du gîte. Une ponte est composée de 100 à 400 œufs. La durée du stade ovulaire est de 2 à 3 jours lorsque les conditions sont favorables. Les œufs des Aedes présentent la particularité de résister à la sécheresse (état de quiescence). Ils peuvent survivre plusieurs mois dans ces conditions et n’éclore que lorsque le gîte de ponte est remis en eau, après une forte pluie par exemple.

Issues de ces œufs, les larves aquatiques sont très mobiles. Elles respirent au moyen d’un siphon perçant la surface de l’eau et se nourrissent de particules organiques. Le développement larvaire dure entre 7 et 12 jours et est divisé en 4 étapes successives, séparées par des mues. La dernière mue transforme la larve en nymphe. Egalement aquatique et mobile, celle-ci ne se nourrit pas, mais subit une profonde métamorphose jusqu’à devenir, 2 à 4 jours plus tard, un adulte.

Le cycle de développement du moustique 

A chacun son gîte

  • Aedes aegypti

C’est un moustique urbain qui se reproduit dans tous les contenants se trouvant à proximité des maisons (boîtes de conserve, gouttières, poubelles, brouettes, pots de fleurs, fûts, pirogues, pneus…). Il prolifère parfois dans les fosses en béton ou les boîtes à graisses non étanches. Il ne pique que le jour, avec un pic d’agressivité tôt le matin et au coucher du soleil. Bien que possédant une grande puissance de vol, il s’éloigne peu de son gîte d’origine.

  • Ae. polynesiensis

C’est un insecte rural. Il a tendance à fuir les zones urbanisées (en raison d’Ae. aegypti qui colonise les gîtes potentiels) mais pullule partout ailleurs. Il affectionne les gîtes naturels (trous de tupa, coques de noix de coco, trous dans les troncs d’arbres, rochers…) mais également artificiels (barquette de crème glacée, boîte de conserve, bouteille plastique éventrée, etc.).

  • Culex

Les larves de Culex se développent principalement dans les eaux sauvages stagnantes et/ou polluées (marécages, caniveaux, fosses septiques, etc.). Certaines espèces trouvent également refuge dans les pneus, les boîtes de conserve, les fût abandonnés auprès des habitations ou dans les fosses et puisards non hermétiques. Les Culex sont capables de longs déplacements. Ils ne piquent que la nuit.

La plupart des gîtes sont de faible volume, créés par l'homme

Quelles nuisances occasionnent les moustiques ?

En raison de leur pullulement et des multiples piqûres qu’ils infligent, les moustiques sont une source de nuisances pour la population et peuvent localement faire obstacle au développement socio-économique.

Par ailleurs, en milieu tropical, les moustiques hématophages représentent un risque sanitaire important. En effet, si quelques espèces sont inoffensives, d’autres jouent un rôle prépondérant dans la transmission de nombreux agents pathogènes, notamment à l’homme. La Polynésie reste encore aujourd’hui épargnée par certaines grandes endémies (paludisme, fièvre jaune, encéphalite de St-Louis,…), soit parce que les vecteurs capables de les transmettre sont absents de notre territoire, soit parce que l’agent pathogène n’a pas encore atteint nos îles.

Elle est cependant grandement affectée par les problèmes de transmission de la filariose lymphatique (par Ae. polynesiensis et secondairement Culex quinquefasciatus) et de la dengue (par Aedes aegypti et secondairement Ae. polynesiensis).

Aucun vaccin ne protège de ces maladies, aucun médicament spécifique ne permet de les soigner (la Notézine microfilaricide efficace ne tue malheureusment pas les filaires adultes). S’en préserver implique par conséquent de lutter efficacement contre la prolifération des moustiques.

L’épandage massif d’insecticides visant les populations adultes présente un risque écologique (élimination partielle d’insectes non ciblés, pollution de l’environnement) et reste d’une efficacité temporaire. La répétition de ces traitements pourrait de surcroît contribuer à sélectionner des souches résistantes. Si de telles mesures réactives peuvent parfois se justifier en période d’épidémie, en période d’accalmie, il convient de privilégier la lutte anti-larvaire.

A ce propos, Le laboratoire de recherche en entomologie médicale (LEM) envisage dans ses programmes l’évaluation des résistances chez les moustiques vecteurs.

Lutter contre les moustiques

Les entomologistes de l’Institut Louis Malardé étudient en effet depuis plusieurs années la bio-écologie des moustiques. En parallèle, ils testent diverses méthodes de lutte non polluantes pour notre environnement et adaptées à chaque espèce.

De 1997 à 1999, ces chercheurs ont mis en œuvre, à Rangiroa (Tuamotu), une technique de lutte intégrée dirigée contre les Aedes et les Culex. Associant la lutte écologique (recours à des poissons larvivores), mécanique (élimination et colmatage des gîtes, utilisation de billes de polystyrène) et insecticide (emploi d’un larvicide biodégradable), celle-ci a permis de diminuer de 76% les densités des moustiques pendant 6 mois. Un traitement bi-annuel de ce type pourrait ainsi enrayer efficacement la prolifération de ces insectes.

Entre 2000 et 2002, l’adaptation locale d’une technique de lutte utilisée par ailleurs contre les Anophèles, vecteurs du paludisme, a permis de réduire d’environ 85% les densités de Ae. aegypti et Ae. polynesiensis au niveau des habitations. Cette technique consiste à disposer à l’extérieur, sous abris, et à l’intérieur des maisons des écrans imprégnés d’insecticide.

Deux nouvelles techniques de lutte contre Ae. polynesiensis sont en cours d’étude. Elles consistent, d’une part, à utiliser une souche biologiquement modifiée de cette espèce pour éliminer les souches locales et, d’autre part, à utiliser des appâts spécifiques pour éliminer les larves dans les terriers du crabe terrestre Cardisoma carnifex.

En parallèle, les expérimentations se tournent vers l’évaluation de différentes techniques de piégeage à l’encontre des espèces à risque sanitaire. Ces recherches visent à développer un nouveau moyen de lutte non polluant contre les moustiques adultes. Par ailleurs, elles devraient permettre de substituer le piège à l’homme, jusqu’ici seul moyen d’échantillonnage reconnu de ces insectes hématophages adultes, et ainsi de disposer d’outils pour une évaluation fiable des densités de leurs populations vectrices. Enfin, les données recueillies permettront d’exercer une surveillance accrue des risques épidémiologiques.

Poster "Le moustique, l'homme et les maladies... Un trio sans faille ?" 

Tri des moustiques collectés dans les pièges
Elevage d'une colonie de moustique en laboratoire

Se Protéger

En Polynésie française, les grandes étendues d’eaux stagnantes sont rares et la majorité des gîtes sont de faible volume, parfois créés par l’Homme. Leur suppression relève de gestes élémentaires : nettoyer son jardin, déboucher les gouttières, colmater les trous des puisards, éliminer les déchets…

La responsabilité de chacun est engagée. Mais au-delà de l’acte civique qui profite à l’ensemble de la collectivité, la lutte antilarvaire est une mesure de protection individuelle à l’égard des vecteurs de maladies.

En complément de ces mesures préventives, il existe une panoplie de moyens de défense contre les moustiques adultes : moustiquaires, serpentins, plaquettes diffusantes et bombes aérosols... Mais attention, l’utilisation des aérosols insecticides est susceptible de générer des résistances !

 Les moustiques piqueurs de Polynésie française