La filariose

La maladie…

La filariose lymphatique est une maladie tropicale causée par un ver nématode appelé filaire. On estime que plus de 120 millions de personnes sont infectées dans le monde. Les principaux foyers se situent en Asie, en Afrique, en Amérique latine, en Amérique centrale et dans le Pacifique occidental.

En Polynésie française, le ver à l’origine de la maladie a pour nom Wuchereria bancrofti, variété pacifica. Il parasite l’Homme exclusivement.

…et ses manifestations

Au premier stade de la maladie, aucun signe n’est apparent. Il arrive même que les filaires soient de sexe identique et ne puissent se reproduire.

Plus tard, le sujet infecté subit des poussées de fièvre successives dues à une inflammation des ganglions (mariri) et des vaisseaux lymphatiques. Il s’agit là de la phase aiguë de la filariose.

Au fil des années, ces crises de lymphangite et d’adénite se multiplient à mesure que les filaires deviennent plus nombreuses, s'accumulent en "amas" à certains niveaux du système lymphatique où elles provoquent une dilatation et un oedème de la zone environnante. Il s'agit le plus souvent des membres inférieurs ou supérieurs et des parties génitales. Le patient est alors entré dans la phase chronique de la maladie avec l'apparition d'une chylurie, d'un éléphantiasis (feefee) ou d'un hydrocèle. Ces déformations sont invalidantes et lourdes de conséquences sur le plan fonctionnel, psychologique et social.

Aedes polynesiensis
La filaire Wuchereria bancrofti
Un oedème des membres
se forme progressivement

Comment la maladie se transmet-elle en Polynésie ?

La filariose n’est pas directement contagieuse. Seule l’intervention d’un vecteur assure sa transmission d’un individu à un autre. Dans nos îles, le principal vecteur est le moustique Aedes polynesiensis. L’Homme est contaminé par des piqûres de moustiques femelles abritant des larves infectantes.

Ces larves pénètrent dans la peau puis se fixent dans le système lymphatique où elles poursuivent leur cycle de croissance, pendant 3 à 6 mois, jusqu’au stade adulte. Ces adultes, appelés macrofilaires, sont des vers ronds, filiformes, d’une couleur blanche translucide. La femelle de Wuchereria atteint une longueur de 8 à 10 cm. Plus petit, le mâle mesure entre 2 et 6 cm de long. Leur durée de vie est d’environ 10 ans.

Après fécondation, les filaires femelles pondent des milliers de microfilaires qui quittent alors le système lymphatique pour rejoindre la circulation sanguine.

La reproduction du parasite s’opère donc chez l’Homme. Mais le développement des microfilaires nécessite impérativement le passage chez le moustique.

Dans le moustique Aedes polynesiensis femelle, les microfilaires subissent plusieurs transformations avant de devenir, 10 à 15 jours plus tard, des larves infectantes. Quand ce moustique femelle cherche à pîquer pour prendre un repas sanguin, les larves infectantes qui ont alors migré vers sa trompe peuvent s'échapper et parasiter un individu sain ou re-infecter un individu déjà porteur. Le même cycle de transmission peut dès lors se répéter.

Une maladie endémique

Les récits des navigateurs et des missionnaires révèlent que l’endémie filarienne était très répandue à l’ère pré-européenne dans le Pacifique Sud et notamment dans nos îles.

Cependant dans certains atolls des Tuamotu, dans les archipels des Gambier et des Marquises, l’apparition de la maladie ne semble pas remonter au-delà du milieu du XIXe siècle. Sans doute est-ce la conséquence de l’introduction tardive du moustique Ae. polynesiensis dans ces îles.

 

Le cycle de transmission de la filariose

A l'ILM, trois unités de recherche collaborent

Les recherches menées à l’Institut Louis Malardé ont pour objectif le développement des connaissances sur les interactions entre W. bancrofti, son hôte (l’homme) et son vecteur (le moustique), ainsi que la définition de stratégies de contrôle de la filariose, en collaboration avec la Direction de la Santé. Trois unités collaborent :

60 ans d'actions de santé publique

Si au début du XXe siècle le rôle vecteur du moustique était mis en évidence, en l’absence de traitements efficaces, la filariose demeurait un fléau sanitaire majeur.

En 1949, grâce à William A. Robinson et à l’association antifilarienne, était créé l’Institut de Recherches Médicales des Etablissements Français de l’Océanie (Fare Mariri) dont l’objectif était la lutte contre la filariose. Cet institut deviendra l’Institut Louis Malardé.

  En savoir plus sur l'histoire de l'ILM

Les traitements de masse ont permis de faire rapidement chuter le taux de prévalence de porteurs de microfilaires. Celui-ci était estimé à 2% lorsqu’en 1982 le programme de lutte est interrompu. Mais dix ans plus tard, la prévalence microfilarienne avait de nouveau augmenté. En 1993, le Ministère de la Santé instaurait un nouveau programme de chimioprophylaxie de masse basé sur une distribution semestrielle de Diethylcarbamazine (Notézine).

La filariose demeure aujourd’hui un problème de santé publique. Aussi la Polynésie française a-t-elle adhéré au Programme d’élimination de la filariose lymphatique dans le Pacifique (PacELF) mis en œuvre par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le Secrétariat Général de la Communauté du Pacifique. Celui-ci repose sur une distribution annuelle de diéthylcarbamazine à la dose de 6 mg/kg et d’albendazole (400 mg) à l’ensemble de la population, pendant une durée d’au moins 5 ans, et vise l’éradication de la maladie d’ici 2010. Cette campagne a débuté en avril 2000 sur notre territoire.


En 2008, après 8 années d’application de cette stratégie par la Direction de la Santé sous l'égide du Ministère de la Santé, la distribution annuelle a été suspendue afin de permettre une estimation de la prévalence globale, et par zone géographique, de l’endémie de façon à vérifier si l’objectif d’élimination de cette parasitose selon les critères définis par le programme régional PacELF est atteint au moins dans certaines zones du Pays.

  Evaluation de la prévalence de la filariose lymphatique en 2008 en  Polynésie française

 

Comment se protéger de la filariose?

En prenant le traitement annuel associant Notézine et albendazole. Celui-ci permet de réduire la microfilarémie pendant un an et donc d’enrayer la transmission de la maladie.

En éliminant les moustiques et en détruisant les gîtes larvaires. Ae. polynesiensis est un moustique rural. Il se reproduit dans les eaux stagnantes à l’intérieur de récipients naturels (trous d’arbres, de crabes, coques de noix de coco…) ou artificiels (boîtes de conserve, pneus…).

En se protégeant des piqûres de moustiques.