Son histoire

La filariose lymphatique était largement répandue en Polynésie française à l’ère pré-européenne. Dès le début du XXème siècle, la maladie a fait l’objet d’études scientifiques. Le rôle vecteur du moustique était mis en évidence mais la lutte négligée. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, la maladie frappait 82% des foyers. En 1947, William Albert Robinson, navigateur, écrivain et homme d’affaires américain, allait changer le cours de l’histoire…

1947-1949 : le Fare Mariri

Répondant à l’initiative audacieuse du mécène américain William Albert Robinson, sont officiellement exposés le 1er juillet 1947, sous l’autorité du Professeur John F. Kessel, chef du département de Microbiologie de l’Université de Californie du Sud, les objectifs d’un projet américain de recherche filarienne.

Un comité scientifique, composé notamment des Docteurs Wright et Hammon et du Professeur Gaillard, fait des propositions concrètes et intègre l’initiative de W. Robinson dans une fondation dénommée The Pacific Tropic Diseases Research Project. On y déclare notamment qu'il est à espérer que le principal laboratoire de recherches pourra être installé à Tahiti en collaboration avec le Service de Santé des Etablissements Français de l’Océanie.

  Les origines de la collaboration franco-américaine sur la filariose, par W.A. Robinson (avril 1949)

En 1948, une enquête est réalisée, à Paea, par le Dr Mille. Les conclusions de cette première évaluation de l’endémie filarienne à Tahiti sont éloquentes :

  • 82% des foyers sont touchés par la filariose,
  • 8% de la population souffre d'éléphantiasis,
  • 40% de la population est porteuse de microfilaires.

Encore plus saisissants sont les résultats des premières actions antifilariennes : dès les premiers mois de traitement, on observe 90% de négativation de la microfilarémie grâce à l’Hetrazan (nom de la Notézine américaine). Par la même occasion, les parasites intestinaux sont détruits (94% de la population est parasitée).

C’est dans l’enthousiasme général que le gouverneur Maestracci pose, le 21 juillet 1948, la première pierre d’un Institut de recherches médicales, à Papeete, déjà appelé Maison de la filariose (Fare Mariri en tahitien). Celui-ci ouvrira ses portes provisoirement à l’Hôtel Stuart le 1er octobre de la même année.

Le décret N°49-1301 du 26 septembre 1949, portant création officielle de l’Institut de Recherches Médicales des Etablissements Français de l’Océanie, paraît au Journal Officiel des Etablissements Français de l’Océanie le 15 novembre 1949. Un rectificatif suivra au J.O. du 15 mai 1950 : Etablissement public doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière, il est placé sous l’autorité du Gouverneur de l’époque. Il a pour objet l’étude et l’application de tous les moyens de lutte contre les endémies, et notamment la filariose, en Océanie Française.

Les travaux depuis l’ouverture de l’Institut jusqu’au 1er avril 1949, par W.A. Robinson (avril 1949)

L’actuel bâtiment, rue des Poilus Tahitiens, sera inauguré le 9 septembre 1950 en présence du gouverneur Anziani et des autorités de l’époque.

La filariose frappait 82% des foyers Dépistage des porteurs de microfilaires La première pierre est posée le 21 juillet 1948

Les années 50 : décisives pour la prise en charge de la filariose

Un service de soins est mis en place pour apporter soulagement aux malades les plus sévèrement touchés. Dans le même temps, les équipes itinérantes de taote mariri dépistent les porteurs de microfilaires et distribuent à toute la population le seul traitement alors connu : la Notézine.

Conjuguée à la lutte antivectorielle, la chimioprophylaxie de masse fait reculer l’endémie filarienne. En dix ans, la prévalence moyenne de porteurs de microfilaires chute de 40% à 7%, le taux d’éléphantiasis de 8 à 1,2% et le taux d’infestation des moustiques vecteurs passe de 7,4% à 0,67%.

A partir de 1954, l’Institut se tourne vers d’autres activités de santé publique. Fort de son savoir-faire sur le terrain, il se voit confier le Service d’hygiène des districts et des îles puis le Centre de lutte contre la tuberculose, officiellement créé en 1960.

Taote Mariri Distribution de Notézine Traitement des malades La recherche se développe Puis, l'Institut se voit confier la lutte contre la tuberculose

Les années 60 : au service de la santé publique

On reconnaît à l’Institut des missions de médecine préventive, d’hygiène publique et de recherche. Poursuivant ses actions de lutte contre la filariose et la tuberculose, l’Institut s’intéresse à de nouvelles pathologies et notamment la méningite à éosinophiles et la dengue.

Les années passent. A la tête de l’Institut de recherches médicales, plusieurs médecins se succèdent pour poursuivre l'action de William Robinson.

En 1967, le Dr Louis Malardé, premier médecin polynésien diplômé de Santé publique, est nommé directeur de l'établissement. Malheureusement, dans la même année, au mois de décembre, une maladie l'emporte. En hommage, son nom est donné à l’Institut par arrêté N°363-AA du 7 février 1968.

Alors que quelques interrogations pesaient sur la destinée de l’Institut, hésitant entre un avenir consacré à la recherche scientifique ou à la santé publique, la recherche s’impose peu à peu.

    • Le Service d’hygiène des districts et des îles quitte l’établissement et devient un service territorial autonome ;
       
    • Un Service d’Etat des endémies, regroupant filariose, lèpre, tuberculose et maladies sexuellement transmissibles, ouvre ses portes ;
       
    • Une alerte à la ciguatéra conduit à la création de l’unité d’Océanographie médicale en 1967 ;
       
    • L’Insectarium s’installe à Paea.

Les années 70 et 80 : un tournant décisif vers la recherche

En 1971, le Laboratoire d’analyses de biologie médicale est transféré vers le Centre hospitalier territorial et fait place à la création de laboratoires de recherche.

Tandis que les liens avec l’Université de Californie du Sud se dénouent, l’Institut s’ouvre aux collaborations nationales et internationales :

  • Des entomologistes de l’ORSTOM (aujourd’hui IRD) rejoignent l’Insectarium pour étudier la bioécologie des insectes vecteurs ;
     
  • En 1974, une collaboration s’engage avec l’Université de Tohoku (Japon) portant sur la ciguatéra, en particulier la recherche des causes du phénomène au niveau corallien à l'occasion d'une grande flambée aux Iles Gambier ;

  • Le 23 décembre 1975, à Paris, le Professeur Jacques Monod, directeur de l'Institut Pasteur, Prix Nobel de Médecine, signe la Convention avec l’Institut Pasteur, qui fixe les bases d’une coopération scientifique entre ces deux établissements en vue de promouvoir (ou développer) la recherche biomédicale en Polynésie et d'apporter ainsi leur contribution à la protection de la santé publique dans cette région du monde.

La loi N°77-772 du 12 juillet 1977 aboutit à la signature, le 3 octobre 1979, d’une convention relative à l’aide financière apportée par l’Etat au Territoire de la Polynésie française : L’Etat s’engage à apporter une aide au Territoire (devenu Polynésie française depuis le statut de 1957) par la mise à sa disposition de fonctionnaires de l’Etat et par l’octroi d’une subvention globale de fonctionnement destinée, entre autres, à des actions de santé en matière de lutte contre les endémies.

La même année, disparaît le Service d’Etat des endémies, signe avant-coureur d’une période difficile dans l’histoire de l’Institut. L’avenir de l’établissement est à nouveau en question. Faut-il le transformer en un service d’exécution doté d’une mission de santé publique ou maintenir un institut de recherche destiné à soutenir les actions intégrées de prévention, de lutte, de terrain et de recherche ?

Il est convenu d’asseoir la vocation de recherche biomédicale de l’Institut Louis Malardé en veillant à préserver l’équilibre entre le pôle Recherche et le pôle Santé publique.

De nouvelles stratégies sont proposées :
 
  • Le Département Pasteur-Mérieux aujourd'hui appelé Centre de distribution biomédicale ouvre ses portes le 1er janvier 1981.
     
  • Le 1er octobre 1982, une convention formalise les accords de coopération avec l’ORSTOM pour un programme d’étude des nuisances arthropodiennes (moustiques et nono).

  • En 1983, est créé un laboratoire de recherche en immunologie (devenu laboratoire de recherche en parasitologie médicale en 2001). Il traite de la filariose et des mycobactéries (lèpre et tuberculose), se consacrant principalement à des études sérologiques et des essais de polychimiothérapie. Parallèlement, le programme de lutte chimioprophylaxique de la filariose est transféré à la Direction de la santé.

  • Un laboratoire de virologie médicale est créé en 1984.

L’Institut passe sous la tutelle du Territoire et devient un établissement public à caractère administratif (EPA), par la délibération N°84-3/AT du 5 janvier 1984 portant modification du statut général de l’établissement.

L’arrêté N°0064 du 20 janvier 1984 du Conseil du Gouvernement de Polynésie française redéfinit l’organisation, le fonctionnement et les règles financières, budgétaires et comptables de l’Institut territorial de recherches médicales Louis Malardé. Est notamment créé un Comité technique consultatif, présidé par le Ministre de la Santé, qui a vocation à donner son avis sur les programmes de recherche et à vérifier leur adéquation avec la politique sanitaire du Territoire.

Une convention est par ailleurs signée le 30 janvier 1984 avec la Direction de la Santé, permettant la création, au sein de l’Institut, d’un Laboratoire d’analyses de biologie médicale au service de la santé publique. Les examens biologiques sont désormais accessibles à l’ensemble des formations sanitaires des archipels. L’Institut devient un observatoire unique de la santé des Polynésiens.

Les entomologistes étudient la bioécologie des moustiques vecteurs Surveillance de la ciguatéra Les programmes de recherche sont définis en adéquation avec la politique de santé du territoire Le LABM, un observatoire de la santé des Polynésiens

Un important développement technologique se met en route et de nouvelles compétences se manifestent :

  • en 1986, un programme de chimie pour l'isolement et la purification complète des toxines de la ciguatéra est mis en place avec l'acquisition d'équipements de chromatographie à haute performance. Il conduira à la détermination par résonance magnétique nucléaire (RMN) de la structure chimique de deux molécules ciguatoxiques après l'instauration d'une deuxième phase de collaboration entre l'Institut et le laboratoire de chimie alimentaire de l'Université Tohoku, Sendai (Japon), dirigé par le Pr Takeshi YASUMOTO. Ce programme de chimie a été motivé par le lancement à la demande de la direction et des autorités pasteuriennes d'un programme de détection immunochimique des toxines de la ciguatéra;

  • amélioration du diagnostic de la filariose;

  • premières enquêtes sur la prévalence du VIH et des MST émergentes;

  • développement de l’épidémiologie statistique;

  • recherches thérapeutiques (protocole de vaccination contre l’hépatite B, nouveaux médicaments pour le contrôle de la filariose).

Si le début des années 80 était axé sur des missions de santé publique, la fin de la décennie est résolument tournée vers la recherche et annonce la percée de la biologie moléculaire.

Les années 90 : vers la biologie moléculaire

Le 25 mai 1990, l'Institut territorial de recherches médicales Louis Malardé devient membre du Réseau international des instituts Pasteur et instituts associés. En parallèle, il noue de nouvelles collaborations avec des équipes étrangères (Northampton College, Université de Kyoto…).

Des avancées importantes sont réalisées grâce aux outils moléculaires (PCR principalement) :

  • au laboratoire d'immunologie, des PCR des mycobacterium tuberculosis et leprae sont mises au point de même qu'une méthode d'évaluation par pools (Poolscreening PCR) du taux d'infestation des moustiques vecteurs de la filariose. De plus, des études de résistance à la lèpre et à la tuberculose sont menées ainsi que des études d'épidémiologie moléculaire de la tuberculose;

  • dans le domaine du diagnostic et du génotypage de la dengue;

  • en matière d’évaluation du taux d’infestation des moustiques vecteurs de la filariose;

  • dans l’étude de Gambierdiscus, micro-algue responsable de la ciguatéra.

La biologie moléculaire fait également son apparition au Laboratoire d’analyses de biologie médicale.

En 1991, s’ouvre le Laboratoire de recherche sur les Substances naturelles.

Après la création d’un Centre de dépistage anonyme et gratuit du sida et un Centre de vaccination contre la fièvre jaune, est lancé, en 1998, un projet-pilote de Laboratoire d’analyses de la salubrité des eaux et des aliments (LASEA), en réponse à des besoins nouveaux en matière de contrôle de qualité.

Au fil des années, les missions de l’Institut Louis Malardé n’ont cessé de croître ou d’évoluer, s’adaptant naturellement aux besoins de la population et de l’environnement économique de la Polynésie française.

En 1998/99, en marge des audits administratif, financier et informatique réalisés à la demande des autorités de tutelle, une évaluation scientifique des programmes de recherche est menée, par un comité pasteurien puis par un comité dirigé par le Professeur Charles Pilet, membre du Comité d’évaluation de la recherche. Les conclusions de ces audits conduisent à engager une réflexion sur les orientations à venir.

La biologie moléculaire apparaît dans les laboratoires Dépistage anonyme et gratuit du sida Contrôle de la qualité de l'eau Des avancées sont réalisées dans le domaine du dignostic et du génotypage de la dengue

Les années 2000 : de nouvelles perspectives

En 1999, l’association avec l’Institut Pasteur est rompue.

L’Assemblée de la Polynésie française dote l’Institut (devenu Institut Louis Malardé) du statut d’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) à dater du 1er janvier 2001. Ses missions sont définies par la délibération n°2000-114/APF du 28 septembre 2000.

Ce nouveau statut confère à l’établissement une plus grande souplesse de gestion ainsi qu’une capacité de réactivité accrue au regard des missions qui lui sont dévolues.

Le Conseil des Ministres, par arrêté N°1834/CM du 29 décembre 2000, fixe quant à lui les modalités d’organisation et de fonctionnement de l’ILM.

Se conformant aux recommandations des audits, la Direction générale définit une politique de modernisation ambitieuse sur laquelle s’appuient les nouveaux développements de l’établissement.