Robinson témoigne

Les origines de la collaboration franco-américaine sur la filariose par W.A. Robinson (avril 1949)

1945

«  En novembre 1945, je revins à Tahiti et rouvris ma maison de Paea avec l'intention de m'y installer définitivement. En retrouvant tous mes amis du district, je fus péniblement surpris de constater qu'ils souffraient tous de la filariose, sous une forme ou sous une autre. Beaucoup d'entre eux étaient affligés par les horribles déformations de l'éléphantiasis. La maladie semblait non seulement être la source de plus de souffrances qu'auparavant, mais encore posait un problème économique inquiétant par son rôle débilitant sur la main d'œuvre. Je me demandai alors ce que je pourrais faire pour remédier à cette situation car j'avais depuis longtemps l'intention de contribuer à une œuvre utile, en retour du plaisir que j'avais à vivre à Tahiti.

Etant persuadé que la guerre dans le Pacifique avait certainement dû faire faire un grand pas en avant à l'étude de la filariose et, fort des relations que j'avais toujours entretenues avec le monde médical et scientifique, je décidai de consacrer mes efforts à ce problème, aussi longtemps que cela serait nécessaire. »

1946

« Pendant l'année 1946, je correspondis avec plusieurs personnes qui faisaient autorité sur cette question. Les conseils les plus éclairés me parvinrent de mon ami le Dr S.M. Lambert qui mourut peu de temps après. Le Dr Lambert fut, pendant de nombreuses années, chargé des travaux médicaux de la Fondation Rockfeller dans le Pacifique Sud et connaissait à fond tous les problèmes en présence. Il me conseilla de me mettre en relation avec le Dr James I. Knott qui avait dirigé la lutte antifilarienne de l'Armée américaine pendant la guerre du Pacifique. Le Dr Knott faisait déjà autorité sur cette question avant la guerre et, la guerre terminée, continua l'étude de cette maladie à titre privé. Au cours de la correspondance que j'eus avec lui, il manifesta un grand enthousiasme et une extrême bonne volonté pour m'aider dans toute la mesure possible.

Pendant l'année 1946, il me vint à l'idée de faire de Tahiti le Centre des recherches sur la filariose, pensant que si cela aboutissait, Tahiti et ses dépendances seraient les premières à profiter des résultats obtenus et, par conséquent, les premières à être débarrassées de cette maladie. Tahiti était l'endroit idéal pour un centre de recherches de ce genre, car :

  • le taux d'infection était extrêmement élevé,
  • la maladie se présentait sous plusieurs formes,
  • l'absence du paludisme et d'autres éléments qui auraient pu en compliquer l'étude en faisait un problème beaucoup plus simple que dans la plupart des pays tropicaux.

Au cours de l'année 1946, je discutai de cette question avec le Service médical de Tahiti ainsi qu'avec plusieurs personnalités locales.

En décembre 1946, je me rendis aux Etats-Unis pour rencontrer le Dr Lambert, le Dr Knott ainsi que d'autres spécialistes, pour me documenter aussi complètement que possible sur la filariose. »

1947

« De janvier à juillet 1947, je parcourus les Etats-Unis et quelques-uns de leurs territoires du Pacifique, cherchant à rencontrer tous ceux qui auraient pu travailler aux récentes recherches sur la filariose. Je discutai de la question avec les Chefs du service médical de la Guerre et de la Marine, à Washington, et avec le Conseil national de la Recherche. Je visitai plusieurs laboratoires où se préparaient de nouveaux médicaments, interrogeant ceux qui en dirigeaient les essais.

Il m'apparut tout d'abord que les spécialistes qui avaient travaillé ces questions pendant la guerre, étaient retournés à leurs carrières privées et qu'il n'existait ni groupe, ni département, centralisant les recherches sur la filariose. Il y avait toutefois, certaines personnes et certains laboratoires qui continuaient les recherches de leur côté, et il ne faisait pas de doute qu'une organisation centrale de coordination serait de la plus grande utilité, et je décidai de la créer avec un Centre de recherches, à Tahiti, si cela était possible.

Pour cela, je liquidai mon chantier de constructions navales aux Etats-Unis et en consacrai le produit à la constitution d'un capital dont les revenus seraient utilisés pour les recherches sur la filariose et pour l’application pratique des plus récentes découvertes afin de soulager les populations souffrant de cette maladie. Tout d’abord, je songeai à mettre le revenu directement à la disposition de Tahiti pour la création du Centre de recherches, mais cela posait plusieurs problèmes, entre autres, avec le fisc américain, et j’y renonçai.

Il fut décidé d’établir aux Etats-Unis un projet de recherches scientifiques par lequel les fonds pourraient être envoyés à Tahiti ou dans tout autre endroit désirable.

C’est à ce moment que M. Cornelius Crane, également propriétaire à Tahiti, m’offrit son aide financière, ce qui donna au projet une toute autre ampleur que celle qu’il aurait eue, si j’étais resté seul.

Le Dr Knott et moi-même préparâmes les grandes lignes de l’oganisation d'un Centre de recherches filariennes et, sur le conseil de plusieurs spécialistes, nous rendimes visite au Dr Kessel, Chef du département de Bactériologie et de Parasitologie de l’Ecole de Médecine de l’Université de Southern California. Cette importante université s’intéresse particulièrement aux recherches médicales dans le Pacifique et le Dr Kessel est un des savants américains les plus éminents. Cette université me paraissait donc remplir les conditions du choix d'un quartier général pour le projet à mettre sur pied.

C’est ainsi que le Projet de recherches filariennes fut constitué dans le cadre de l’Ecole de Médecine de l’Université de Southern California. Le Dr Kessel devint Directeur du projet et tous les moyens de l’université furent mis à notre disposition. Un comité de recherche fut constitué, dont le Président fut le Dr Kessel et les membres :

Dr John F. Kessel, Chef du département de Bactériologie et Parasitologie - Ecole de Médecine de l’Université de Southern California (Los Angeles),

  • Dr Willard H. Wright, Chef du département des Maladies tropicales - Service de Santé des Etats-Unis (Washington),
  • Dr W. Mc D. Hammon, Professeur d'Epidémiologie - Ecole de Médecine, Université de Californie (San Francisco),
  • Dr J. J. de Lamater - Ecole de Médecine, Université de Southern California (Los Angeles),
  • W. A. Robinson (Tahiti).

En 1948, le professeur Galliard, de la Faculté de Médecine de Paris, devint également membre de ce comité de recherche.

Le Dr Knott reçut une chaire à l’Université de Southern California et entreprit aussitôt de rassembler toute la documentation existant dans le monde sur la filariose, pour l’établissement d'un Manuel médical. En juillet 1947, l’USC publia une déclaration indiquant les buts du Projet de recherches filariennes de l’Université de southern California.

« Le 1er juillet 1947, un don a été fait à l’université pour l’établissement d'un projet de recherches filariennes dans le cadre du département de Bactériologie et de Parasitologie de l’Ecole de Médecine. Les objectifs du projet sont en résumé la lutte pour l’élimination de la filariose dont souffrent de 150 à 200 millions d’êtres humains dans les régions tropicales et qui, jusqu’à présent, n’a fait l’objet d’aucune campagne médicale.

Pendant et depuis la guerre, des savants ont mis au point des médicaments anti-filariens qui, conjugués aux nouveaux insecticides et aux nouvelles techniques épidémiologiques permettent d’engager efficacemment la lutte pratique contre la filariose. Le problème consiste à apporter ces renseignements aux personnes en contact avec la maladie, de façon à pouvoir établir des programmes de contrôle et de pouvoir centraliser et aider les recherches, aux fins d’obtenir des médicaments et des techniques plus efficaces. Malheureusement, il n’existait pas de centralisation scientifique de tous les progrès accomplis, ni de coordination des efforts de recherches en cours.

C’est ainsi que le projet entreprit de rassembler toutes les connaissances filariennes jusqu’à ce jour pour les étudier, les évaluer et les mettre à l’épreuve sur place ; puis de faire profiter de ces découvertes les services médicaux des régions où la filariose existe. C’est ainsi que le projet espère servir de centre d’informations pour tous renseignements concernant la filariose et encourager des campagnes de lutte contre la maladie partout où elle existe. Le projet fera tous ses efforts pour aider de telles campagnes dans toute la mesure possible.

Le projet entretiendra des laboratoires de campagnes, qui feront toutes les recherches entomologiques et helminthologiques de base, expérimenteront les diverses techniques de contrôle des moustiques, etc. Ils essaieront et jugeront les divers médicaments anti-filariens etc.

Toute la documentation concernant la filariose sera réexaminée et réétudiée à la lumière des plus récentes découvertes et de nouvelles recherches seront faites sur la maladie et ses vecteurs. Les laboratoires seront mis à la disposition des savants provenant d’autres organisations et désireux d’étudier la filariose pour leur compte personnel.

Il est à espérer que le principal laboratoire de recherches pourra être installé à Tahiti, en collaboration avec le Service médical français. L’endroit se prête tout particulièrement bien à la création d'un centre mondial de recherches filariennes, en raison du taux élevé d’infection qui y existe et aussi parce que le travail ne sera pas compliqué par la présence d’autres maladies tropicales, telles que le paludisme qui se développe en général dans les mêmes régions que la filariose.

Les laboratoires de recherches filariennes de campagne travailleront sous les auspices du Service médical local et en collaboration avec lui ; ils rechercheront sur place des travailleurs de laboratoire. Tous les résultats et renseignements obtenus par les laboratoires seront mis à la disposition des autorités locales et des démonstrations et instructions seront données pour le personnel local si cela est demandé.

Lorsqu’un laboratoire de recherche de campagne aura terminé ses travaux, l’équipement sera remis au service local chargé de poursuivre la lutte contre la filariose.

Le projet offrira également chaque année une ou plusieurs bourses, toutes dépenses comprises, à des étudiants qualifiés ou à des étudiants diplômés désireux de se spécialiser dans les recherches de la filariose.

Le projet recherchera la collaboration et la participation de tous les gouvernements intéressés et de tous les groupes médicaux, ainsi que des personnes qualifiées, de façon à ce que l’effort contre la filariose devienne, dans la mesure du possible, un effort international.

Le contrôle de la filariose est un effort gouvernemental à long terme. Il doit être basé sur un programme d’éducation de santé suivi d'un contrôle scientifique approprié. Ce contrôle serait dirigé par un organisme central, qui ouvrirait une école destinée à former des jeunes gens qui deviendraient des assistants des officiers médicaux dans les districts ou dans les îles éloignées.

Malheureusement, l’officier médical isolé travaille avec de gros handicaps ; il a besoin d’être tenu au courant des améliorations apportées à la Santé publique ; il a trop peu d’assistants techniques et il n’est que rarement soutenu par un programme éducatif de santé effectif et appliqué. Le projet de recherches filariennes s’efforcera d’aider cet officier médical, isolé, en lui montrant ce qui peut être fait avec les ressources à sa disposition.

Pour faciliter ces objectifs, nous préparons la publication d'un manuel sur la filariose pour les officiers médicaux, analogue à celui sur le paludisme qui s’est avéré si utile. Ce manuel donnera un compte-rendu détaillé de la maladie et traitera en même temps des phases cliniques et épidémiques. I1 exposera les méthodes d’éducation d’hygiène et de santé et d’entraînement pour les techniciens qui contrôlent la filariose ; il indiquera les techniques entomologiques et d’examen sanguin ; enfin, il donnera des instructions détaillées sur l'usage du D.D.T. et sur la chimiothérapie anti-filarienne. »

Avant de quitter les Etats-Unis pour rentrer à Tahiti, je fus assez heureux de pouvoir me procurer une certaine quantité d’Hetrazan, nouveau médicament des laboratoires Léderlé dont les essais sur les êtres humains venaient d’être terminés avec les résultats très supérieurs à tous les autres médicaments. Les Laboratoires Léderlé s’offrirent à nous fournir à titre gracieux les quantités nécessaires à nos expériences à Tahiti.

En août 1947, je rentrai à Tahiti muni de toute la documentation sur la filariose et d'une certaine quantité d’Hetrazan. Plusieurs personnalités locales s’offrirent aussitôt à aider financièrement le projet et se déclarèrent prêtes à nous prêter des maisons et des terrains à l’usage de ceux qui viendraient travailler pour le projet.

En août 1947, je fis un rapport détaillé de mes travaux au médecin chef, le colonel Bonnaud et discutai avec lui de ce qu’il conviendrait de faire pour créer à Tahiti un Institut français (ou international) de recherches filariennes sous les auspices duquel notre projet de recherches de l'Université de Californie du Sud pourrait travailler en collaboration avec le Service de Santé local, ce qui permettrait d’utiliser à Tahiti nos fonds ainsi que nos moyens de recherche. J’espérais ainsi créer une collaboration qui aurait fait de Tahiti un centre mondial de recherches filariennes. Ma proposition fut présentée à M. le Gouverneur des E.F.O. le 28 aout 1947 par le colonel Bonnaud, sous la forme d'une lettre écrite par lui-même, le colonel Bonnaud estimant préférable de présenter la chose de cette façon. Je ne possède pas de copie intégrale de cette lettre.

Cette lettre resta sans réponse jusqu'au 29 décembre 1947, date à laquelle je fus convoqué chez le Gouverneur avec le colonel Bonnaud. Il apparut à cette conférence que de nombreuses difficultés surgissaient et qu’il serait en tout cas nécessaire de consulter la Métropole avant qu’une telle collaboration soit formellement constituée. »

1948

« Dans l’intervalle, nous avons procédé sur une base provisoire. Le Dr Bonnaud a délégué le Dr Mille à faire des essais préliminaires avec le nouveau médicament que j’avais rapporté des Etats-Unis. Un contrôle du district de Paea tout entier fut fait et, plus tard, un contrôle encore plus poussé fut fait du village de Maraa, situé dans une des régions les plus saines de Tahiti. Je fus assez heureux pour collaborer à ce travail et préparai un rapport qui fut ajouté à celui du Dr Mille. Le degré d’infection constaté dépassait tout ce que l’on pouvait imaginer puisque 80% des maisons étaient infectées ; plus que jamais un gros effort s’imposait.

C’est alors que nous fîmes le premier essai massif qui fût jamais fait dans le monde en traitant tous les sujets positifs du village de Maraa à Paea avec l’Hetrazan. Les résultats furent extrêmement encourageants : 93% des cas traités devinrent négatifs (non infectieux). On constata également que le traitement faisait disparaître les vers intestinaux ; on obtint aussi d’excellentes réductions de membres éléphantiasiques par bandage suivant la technique en usage. La collaboration enthousiaste de la population tahitienne fut extrêmement réconfortante.

Pendant ce temps, le Dr Kessel s’était mis en rapport avec le Pr Brumpt de la Faculté de Médecine de Paris, le Général Vaucel, chef du Service de Santé de la France d’Outre-Mer et le docteur McCoy de la Fondation Rockfeller à Paris. Notre organisation proposa d’offrir une bourse à un technicien français qui se rendrait à Tahiti à nos frais. On demanda également au Service de Santé français de nommer un médecin qui se serait rendu à Tahiti à nos frais pour se consacrer entièrement au projet. Malheureusement, on ne trouva personne susceptible de faire l’affaire.

Les échanges de correspondance furent cependant fertiles en résultats. En mai 1948, plusieurs conférences réunirent à Washington, le Général Vaucel, le Pr Galliard et le Dr McCoy d'une part, et le Dr Kessel et les membres de notre Comité de recherche d’autre part. Le rapport que le Dr Kessel m’adressa à l'issue de ces conférences exposait l’opinion du Général Vaucel comme suit :

  • Le Général Vaucel approuvait le principe du projet mais en soumettait l’appréciation aux autorités locales de Tahiti.
  • Le Général Vaucel était d’accord pour que le Dr Mille consacre le plus de temps possible au projet et enverrait le plus tôt possible un remplaçant permettant au Dr Mille de se consacrer entièrement à son nouveau travail.
  • Les membres français de la conférence se mettraient à la recherche d'un technicien qui serait pris en charge par l’Université de Southern California pour travailler au projet.

Le Dr Galliard était invité par l’Université de Southern California à se rendre en Californie et à Tahiti pour y étudier les divers problèmes que posait la lutte contre la filariose. Le Dr Galliard arriva effectivement à Tahiti au début de juin 1948 et y resta jusqu’au 7 septembre, son séjour lui permettant d’y faire des travaux extrêmement intéressants.

Le 8 juillet 1948, le Dr Bonnaud me fit savoir que le Gouverneur serait heureux de me voir présenter sous une forme différente ma proposition du 28 août 1947.

Le 21 juillet 1948, à l’occasion de la pose de la première pierre de l'Institut de recherches, M. le Gouverneur relata en termes très flatteurs le rôle que notre organisation et moi-même avions joué.

Le 5 août 1948, le Pr Galliard fit une conférence sur la filariose dans le hall de l’Assemblée.

En août 1948 également, le Pr Galliard, en conclusion de ses travaux, soumit un plan de campagne pour la lutte contre la filariose.

A cette même époque, un projet de décret créant l’Institut de recherches fut préparé par l’Administration locale. Je ne possède pas d’exemplaire de ce document, mais crois savoir qu’il créait une organisation autonome financée par des subventions gouvernementales, par le budget local, des legs, dons, etc.. Cet Institut serait dirigé par un Conseil d’administration comprenant entre autres le Chef du Service de Santé local et le Secrétaire général de façon à être placé sous l’autorité du Gouvernement, bien que susceptible de fonctionner sans intervention permanente de l’Administration.

Le 25 août 1948, on me demanda une fois de plus de faire une nouvelle rédaction de ma proposition d’après des suggestions du Gouvernement.

Le 28 août 1948, je reçus de M. le Gouverneur une reponse acceptant ma proposition.

Le 7 septembre 1948, le Dr Galliard se rendit à Suva en compagnie du Dr Mille afin d’étudier la campagne anti-filarienne à Fidji. A Suva, ils joignirent le Dr Beye qui était en route pour Tahiti, venant de Californie pour devenir le premier membre de l’équipe franco-américaine de recherche. (Notez qu’il y eut bien des difficultés à obtenir le visa du Dr Beye). Les Drs Mille et Beye retournèrent à Tahiti ensemble, et le Dr Mille soumit un rapport très intéressant sur le travail accompli à Fidji pour lutter contre la filariose.

Le Pr Galliard se rendit ensuite à Los Angeles où il fut invité par le Dr Kessel à faire la première conférence d’ouverture des cours de parasitologie à l'université. Il fut nommé à ce moment, membre permanent du Comité scientifique du Projet de recherches et décida de collaborer avec le Dr Knott, dans l’élaboration d'un manuel filarien. En même temps, s'établissait un plan de collaboration entre l'Université de Californie et l'Université de Paris pour 1'étude des diverses questions ayant trait au projet.

En septembre 1948, nous reçumes un équipement complet de laboratoire ainsi qu’un laboratoire mobile pour le travail dans les districts. Nous reçumes également une jeep équipée pour la pulverisation du D.D.T. ainsi qu’une grande quantité d’insecticide. J’installai un laboratoire provisoire dans l’Hôtel Stuart de façon à ce que le Dr Mille et le Dr Beye puissent se mettre au travail dès leur arrivée.

Le 24 septembre, nous fîmes une demande de visa pour l’autre membre de notre équipe, le Dr Edgar, qui venait faire des recherches entomologiques et parasitologiques. Cette question avait été soulevée avec le Pr Galliard et les services métropolitains, car nous avions d’abord pensé nous adjoindre un spécialiste français, mais sans succès. Le visa demandé le 24 septembre par le Dr Edgar fut tout d’abord refusé, mais le 10 octobre, à l'issue d'une conférence, le Gouverneur voulut bien accorder un visa temporaire de touriste. (Quelques temps après un visa fut demandé pour le Dr Kessel qui se proposait de visiter Tahiti en route pour le Congrès scientifique en Nouvelle-Zélande. Ce visa fut d’abord refusé puis accordé sur mon intervention. (Il serait à souhaiter que ces difficultés de visa qui font une impression défavorable sur tous ceux qui collaborent à cet effort puissent être aplanies à l’avenir).

Pendant les 3 derniers mois de 1948, la collaboration franco-américaine commença et l'Institut de recherches ouvrit ses portes, installé provisoirement à l’Hôtel Stuart avec un laboratoire mobile à Paea. Le Dr Mille et le Dr Beye établirent une collaboration étroite en accord avec le Médecin-chef, le Dr Perrin. Un petit personnel d’assistants fut instruit, rétribué en partie par le Service de Santé local et en partie par les fonds du Projet Université de Southern California. Dès le début, d’excellents rapports s’établirent entre le Gouvernement et le groupe médical ; le public était enthousiaste et empressé. »

Tous nos remerciements au Service des archives territoriales, à Papeete, qui nous a aidé à redécouvrir ce document.