Les prix et distinctions

Prix Tyge Christensen 2010, décerné par l'International phycological society

L'ILM a été distingué, en 2010, pour ses travaux sur la ciguatéra, menés en collaboration avec l'équipe américaine de Wayne Litaker (NOAA). Le prix Tyge Christensen 2010, du nom d'un célèbre botaniste et phycologiste danois, décerné par l’International Phycological Society (http://www.intphycsoc.org), récompense la meilleure publication en 2009 sur les algues.

La publication qui a été distinguée propose une révision complète de la taxonomie de la micro-algue ciguatérigène Gambierdiscus, sous la forme d'une monographie de pas moins de 47 pages.

Cette étude portée par nos collègues de la NOAA est une continuation des travaux de biologie moléculaire réalisés au laboratoire de recherche sur les micro-algues toxiques et qui ont débouché en 1999 sur la description de 3 nouvelles espèces de Gambierdiscus (travaux parus dans la revue Journal of phycology). A cette époque, l’ILM était le premier à proposer une caractérisation taxonomique de Gambierdiscus basée à la fois sur des critères morphologiques et moléculaires.

 

Prix Alfred Sézary 2006, décerné par l'Académie nationale de Médecine

Le 8 juin 2006, l’Académie nationale de Médecine a décerné au Dr Raymond BAGNIS, initiateur des recherches sur cette intoxication au sein de l'Institut Louis Malardé, le prix Albert Sézary qu'il partage avec Mesdames Anne-Marie Legrand et Mireille Chinain, pour l'ensemble de leurs travaux sur la ciguatéra.

Cette distinction annuelle vient ainsi récompenser et saluer 40 années de recherche à l'ILM, ainsi que le dynamisme de toute une équipe. Elle illustre, en outre, la prééminence de l’ILM en matière de recherche sur la ciguatéra dans le monde.

Qui est Albert Sezary ?

Né à Alger en 1880, Albert Sézary poursuit une partie de ses études en France. De retour en Algérie, il est nommé interne des hôpitaux d’Alger en 1901. A la faveur de vacances en France, il se présente à l’externat de Paris. Lauréat du concours en 1904, il est reçu second à l’internat l’année suivante.

Aux côtés de Joseph Jules Déjérine (1849-1917) et Fulgence Raymond (1844-1910), il acquiert des compétences pointues en neurologie puis se spécialise en dermatologie et dans l’étude de la syphilis auprès de Léonard Marie Lucien Jacquet (1860-1914) et Edouard Jeanselme (1858-1935).

Docteur en médecine en 1909, Albert Sézary est nommé chef adjoint du laboratoire de clinique médical de l’Hôtel-Dieu et chef de clinique médicale à l’hôpital Laënnec, puis chef du laboratoire de la clinique des maladies cutanées et syphilitique à l’hôpital Saint-Louis, de 1919 à 1926.

Professeur agrégé en 1927, il devient en 1929 chef de service à l’hôpital Broca et Saint-Louis.

Il est élu successivement président de la Société française de dermatologie (1937) et de l’Académie de Médecine (1945), puis décoré de la Légion d’honneur.

En 1938, membre de l’Académie de Médecine, il décrit le syndrome qui porte son nom, variante leucémique du lymphome cutané des cellules T.

Albert Sézary décède le 1er décembre 1956 à Paris.


Extrait du mémoire présenté par Raymond BAGNIS, Mireille CHINAIN, Anne-Marie LEGRAND en 2006 pour l’obtention du Prix Sézary, Grand Prix de l’Académie de Médecine

Les travaux pluridisciplinaires, réalisés par l’Institut Louis Malardé en différentes étapes au cours de quelque 40 années de recherche, ont permis de progresser significativement dans la connaissance de cette énigme biologique connue depuis des siècles dans les régions insulaires tropicales coralliennes, qu’était la ciguatéra, en raison de la variabilité de ses élément humains et biomarins à la fois dans le temps et dans l’espace.

Ils ont notamment permis de mettre en lumière et de préciser les points suivants :

  • le tableau clinique de l’affection est très polymorphe (étayé par la multiplicité des ciguatoxines mises en jeu, principes pathogènes majeurs)

  • le traitement par Mannitol intra-veineux améliore notablement les formes les plus fréquentes de l’affection

  • deux mécanismes pathogéniques distincts, l’un d'ordre pharmacologique, maintenant assez bien connu, l'autre d'ordre immunologique encore mal déterminé, interviennent généralement de façon conjuguée

  • les espèces à risque se rangent dans une chaîne alimentaire essentiellement pisciaire dont sont exclues les espèces se nourrissant de planctons, mollusques ou crustacés

  • les rôles respectifs des agressions humaines et naturelles dans le déterminisme des flambées de ciguatéra ont été démontrés

  • l’agent causal, le dinoflagellé Gambierdiscus, a été découvert pour la première fois en 1976 aux Iles Gambier, Polynésie française

  • à ce jour, quatre espèces appartenant au genre Gambierdiscus ont été identifiées en Polynésie française

  • la niche écologique et les conditions de prolifération de cette micro-algue ont été déterminées

  • seules certaines lignées de cette micro-algue plus particulièrement toxinogènes déterminent le phénomène

  • les conditions de culture «en masse» de Gambierdiscus sont parfaitement maîtrisées

  • la pluralité des toxines mises en jeu a été démontrée

  • les caractéristiques et la structure chimique des différentes ciguatoxines ont été déterminées

  • les propriétés pharmacologiques des ciguatoxines et notamment leur affinité pour un type particulier de récepteurs membranaires, les canaux aux ions Na+, ont été mises en évidence

  • le test de détection des ciguatoxines par interaction ligand – récepteur en cours de validation s’avère être un outil de laboratoire sensible, performant et utilisable en routine pour des opérations de surveillance

  • la mise au point -au plan purement technique- d'une méthode immunologique originale de détection des substances faiblement antigéniques, par préparations de conjugués haptènes-protéines constitue une avancée notable et un acquis précieux.

Les progrès réalisés dans la connaissance du phénomène sur les plans scientifique et sanitaire, grâce aux résultats des recherches menées à l’ILM précédemment exposés, sont de bon augure pour l’avenir, notamment en matière de prévention du risque ciguatérique.

En s'appuyant sur l'ensemble des outils de détection en cours de développement et/ou de validation au laboratoire, notamment le test d'interaction ciguatoxines-récepteur, la stratégie actuellement retenue est une surveillance étroite et continue des zones de pêche lagonaire par un double contrôle sur la micro-algue Gambierdiscus et les poissons, en privilégiant les zones encore indemnes de ciguatéra.

En pratique, cette surveillance consistera en :

  • un contrôle (par échantillonnage) des poissons herbivores et carnivores dans une zone donnée qui éclairera sur le statut toxinique des espèces potentiellement exploitables. Il renseignera en vue de la consommation immédiate.

  • un contrôle régulier des populations de la micro-algue productrices des toxines, qui éclairera plus particulièrement sur le niveau de risque en amont. En effet, il permettra d'évaluer le réservoir toxinique susceptible de s'accumuler en aval de la chaîne trophique. Il intéressera donc plutôt l'exploitation à long terme.

L'ensemble de ces mesures devrait permettre, à terme, la diminution voire l'élimination des risques ciguatériques dans les régions insulaires du globe où cette intoxication pose des problèmes sanitaires et économiques.

Outre une amélioration de la qualité de vie de ces populations, très dépendantes sur le plan alimentaire des ressources lagonaires, elles contribueront à promouvoir la pêche lagonaire, un des objectifs de développement visés par les pouvoirs publics pour les années à venir.


Prix Tregouboff 2005, décerné par l'Académie des Sciences de Paris

Le Prix Tregouboff décerné par l'Académie des Sciences, est un prix quadriennal récompensant des travaux en biologie marine. En 2005, il a été décerné conjointement à Mmes Anne-Marie Legrand et Mireille Chinain, toutes deux chercheurs à l'Institut Louis Malardé, pour leurs travaux sur la ciguatera menés de 1985 à 2000.

Qui est Grégoire Tregouboff ?

Grégoire Tregouboff était un scientifique d'origine russe, précurseur dans le domaine de la biologie marine dans les eaux des baies de Nice et de Villefranche-sur-Mer, et auteur de plusieurs manuels sur la planctonologie méditerranéenne. Il fut directeur de l'Observatoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer pendant plus de 30 ans, et pour la petite histoire, n'hésita pas à engager presque toute sa fortune personnelle à essayer de maintenir les activités scientifiques de ce laboratoire.
 

Résumé de l'allocution donnée en séance publique le 04/10/2005, à l'Institut de France

Des efflorescences algales aux flambées de ciguatéra

La ciguatéra, phénomène de bioécologie marine lié aux récifs coralliens se manifeste par une intoxication alimentaire d’un type particulier consécutive à la consommation de poissons de lagon. La maladie, caractérisée par des symptômes neurologiques typiques, a une incidence qui approche les 50 000 cas par an au plan mondial et les 1 000 cas par an en Polynésie française.

La présence de substances toxiques dans les poissons de récifs a été longtemps une énigme. Les travaux développés ces dernières années de façon pluridisciplinaire à l’Institut Louis Malardé ont permis de mieux cerner certains des paramètres conduisant aux flambées de ciguatéra.

Ils démontrent notamment l’influence majeure des conditions environnementales sur les efflorescences algales, l’existence de plusieurs espèces de la microalgue responsable du phénomène, avec des lignées plus particulièrement toxinogènes qui sont actuellement cultivées in vitro pour une production en masse des toxines ciguatériques.

Ils ont également mis en évidence la pluralité des toxines en jeu et ont conduit à l’identification de leur nature chimique (polyéthers polycycliques lipophiles). La caractérisation des propriétés neurotoxiques de ces molécules et notamment leur affinité pour un type particulier de récepteurs membranaires, les canaux sodiques, a permis la mise au point d’un test de détection basé sur la mesure des complexes toxines-récepteur.

Les résultats apportés par l'ensemble de ces travaux ouvrent des perspectives nouvelles pour une surveillance préventive du phénomène et une diminution du risque d’intoxication dans les régions insulaires du globe où la ciguatéra pose des problèmes sanitaires et économiques.